Publié le 24 05 2026
Par Gamal Abina.
Editorialiste, mon métier n’est pas de plaire, mais de dire ce que beaucoup voient et que trop peu osent dire.
Radio Tiers Monde. Un nom qui résonne pour moi comme un souvenir d’enfance profondément marquant.
À l’époque des radios libres, en pleine ascension du Parti socialiste sous la présidence de François Mitterrand, au début des années 1980, un phénomène nouveau allait exploser dans toute la France : celui des radios libres.
Des stations comme NRJ, Skyrock, Radio Nova, Carbone 14 ou encore Radio Libertaire participaient alors à cette immense vague de libération des ondes après des décennies de monopole d’État sur la radio.
C’est dans cet environnement bouillonnant que mon père, Belkacem Abina, prit la décision de fonder sa propre radio libre : Radio Tiers Monde.
Militant décolonial ayant combattu durant la guerre d’Algérie, soutien actif de la lutte d’indépendance vietnamienne dans les années 1970, militant pour la libération des Noirs sud-africains face au régime d’apartheid, mais aussi défenseur constant de la cause palestinienne, mon père décida d’utiliser ce nouveau média afin de diffuser des émissions politiques, des débats, des analyses géopolitiques et des interventions de personnalités engagées sur les questions internationales.
Une sorte d’Internet avant l’heure.
Je garde d’ailleurs des souvenirs extrêmement forts de cette époque. Avec ma famille, nous nous rendions régulièrement dans les locaux de la radio. Pour nous enfants, c’était la découverte d’un monde totalement nouveau : les micros, les tables de mixage, les débats politiques, les voix qui résonnaient dans les studios, les affiches militantes sur les murs, les discussions passionnées jusque tard dans la nuit.
Nous étions fiers.
Fiers de voir notre père porter cette voix que tant d’autres voulaient faire taire. Fiers de voir Belkacem Abina utiliser la radio comme une arme intellectuelle et politique au service des peuples opprimés.
Très rares sont les personnes qui peuvent dire :
« Mon père était un héros. »
Notre famille, elle, le peut.
Paix à son âme.
Et gloire au martyr.
Les puissances peuvent écrire les récits. Mais ce sont les faits qui écrivent l’Histoire.
Gamal Abina.
Source et suite: Leclubdemediapart / Publié le 24 05 2026