| Laure Waridel et sa fille Alphée partent à l’aventure pour un voyage d’apprentissage de cinq mois autour du monde. Photo fournie par Laurence Grandbois Bernard |
Publié le 13 06 2026
Par Laure Waridel / Le Journal de Montréal
J’ai réalisé que je ne pouvais plus vivre à 200 km/h et remettre à plus tard des projets qui donnent du sens à ma vie.
Depuis six ans, j’écris dans ces pages qu’il faut agir maintenant.
Maintenant pour protéger le climat, la biodiversité et la santé de nos enfants.
Maintenant pour réduire les inégalités.
Maintenant pour défendre la démocratie.
Je ne savais pas que ce mot finirait par s’enflammer en moi. Non seulement parce qu’agir me semble toujours plus urgent, mais parce que la vie, elle aussi, c’est maintenant.
Éphémère
Au cours de la dernière année, trois amies sont décédées de cancers du sein qui se sont généralisés. Trois femmes lumineuses, aimantes et aimées.
Marie, Myriam et Anouk « mangeaient santé » et faisaient de l’exercice régulièrement. Elles ne fumaient pas et buvaient très peu.
Quand chacune d’elles est partie, je me suis dit que ça aurait pu être moi, tant nos âges et nos vies se ressemblaient.
J’ai réalisé que je ne pouvais plus vivre à 200 km/h et remettre à plus tard des projets qui donnent du sens à ma vie. Notamment la construction de communautés tissées serrées où l’on prend soin les uns des autres. Pour ça il me faut prendre du temps. Loin des écrans. Sur le terrain. Au rythme du vivant.
Aller à la rencontre de gens qui résistent à la cupidité, au cynisme et à l’égocentrisme : trois poisons qui mènent à l’effondrement des individus autant que des sociétés.
Ceci est donc ma dernière chronique.
Partir
Je quitte ces pages le cœur plein de reconnaissance d’avoir pu m’adresser à vous chaque semaine ces dernières années. Merci au Journal de m’avoir donné cet espace de liberté pour dénoncer et proposer. Souvent aux côtés d’autres chroniqueurs dont les propos me font parfois friser.
Merci à tous ceux et celles qui m’ont lue, appuyée, contredite et fait réfléchir.
Ainsi, je pars pour me consacrer à d’autres possibles qui commenceront par un voyage d’apprentissage de cinq mois autour du monde, avec ma fille Alphée, atteinte d’un syndrome rare qui provoque une déficience intellectuelle. Comme la grande majorité des extraordinaires comme elle, à 21 ans, elle se fait larguer par le système. Nous irons donc voir ailleurs comment d’autres pays veillent au bien-être de gens différents.Je sortirai aussi de ma zone de confort en accompagnant Alphée dans ses grandes passions, celles de la K-pop en Corée et du Roi lion en Tanzanie. Parce qu’elle ne pourra jamais partir le sac au dos comme tant d’autres jeunes le font avec leurs amis au cours de leur vie, j’ai décidé de le faire avec elle.
Les Jardins des possibles
Mais ce voyage n’est pas seulement une aventure mère-fille.
Depuis des années, mon mari, l’avocat Bruce Johnston, et moi rêvons à la création des Jardins des possibles : un projet agricole et forestier où des personnes neurodivergentes pourront vivre, apprendre, travailler et s’épanouir.
Un lieu où l’on cultivera les forces plutôt que les limites.
Nous partirons donc à la rencontre de celles et ceux qui animent de tels lieux
Merci pour la route parcourue ensemble.
Et pour celle qui commence !
Source et suite: Journaldemontreal / Publié le 13 06 2026