
Quand les journalistes ou les consommateurs déclarent que l'industrie du disque est à terme, condamnée, ses décideurs n'ont de cesse de nier l'évidence. Mais lorsqu'un grand patron de cette même industrie affirme que sa société, Columbia, est un dinosaure, on peut commencer à croire que le disque ne tourne pas rond.
Il est un des producteurs les plus acclamés de l'industrie, il est celui qui a produit des groupes comme les Beastie Boys et Red Hot Chili Peppers, il est aujourd'hui co-président de Columbia Records et dimanche dernier, dans le New York Times, Rick Rubin a déclaré en toute candeur que le modèle d'affaires sur lequel l'industrie du disque a fait sa fortune est ni plus ni moins que voué à l'extinction.
Et les mots utilisés pour décrire le marasme dans lequel la société Columbia est plongée sont durs, très durs, mais en même temps, empreint d'un réalisme que l'on a jamais vu ou entendu chez un haut-dirigeant de l'industrie du disque.
"Columbia is stuck in the dark ages," Rubin told the Times. "I have great confidence that we will have the best record company in the industry, but the reality is, in today's world, we might have the best dinosaur. Until a new model is agreed upon and rolling, we can be the best at the existing paradigm, but until the paradigm shifts, it's going to be a declining business. This model is done."
Dans sa «naïveté», Rubin imagine un nouveau modèle d'affaires, un serveur où les consommateurs pourraient téléverser leurs fichiers musicaux et les réécouter de l'endroit et avec l'appareil de leur choix.
Dites-moi, je rêve ou Rubin décrit exactement ce que moult observateurs et hommes d'affaires idéalistes ont comme vision pour cette nouvelle industrie destinée à remplacer celle du disque, soit l'industrie de la musique. Micheal Robertson et MP3Tunes, ça ne vous dit rien?
Pire! Déjà, à la fin des années 1990, le modèle existait déjà et se nommait Napster. Un Napster qui a tenté par tous les moyens de se faire acheter par l'industrie du disque afin de mettre en place un modèle d'affaires basée sur des abonnements mensuels. Moi-même, fin '90, je suggérais dans une chronique publiée dans le Soleil que l'industrie rachète Napster afin de permettre aux internautes de pouvoir y téléverser et y échanger leurs fichiers numérisés, tout ceci contre un simple abonnement mensuel de quelques dollars.
Très facile aujourd'hui de dire «mea culpa». Et quoi encore?
Heureusement, Rubin est assez lucide pour constater que la domination des majors s'est effritée au profit des sociétés informatiques comme Apple et Microsoft.
Et devinez quoi? Malgré ces aveux «compromettants», les réflexes de canaille du producteur restent toujours intacts : Columbia entend demander aux artistes une «commission» de 50% sur les profits générés par les tournées, la vente de produits dérivés lors de tournées et les ventes Internet. Pensez-vous sincèrement que les créateurs vont accepter cette «proposition» sans sourciller?
Crosseur va.
Source : Branchez-Vous
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