

MySpace et trois majors créent une co-entreprise pour diffuser gratuitement de la musique et vendre des morceaux sans DRM. L’aboutissement d’une révolution qui doit faire vaciller Apple, premier vendeur aux Etats-Unis.
Révolution ? Non. Aboutissement d’une révolution. Longtemps campées sur un modèle payant et intarissables sur l’intérêt de verrouiller leurs morceaux par des DRM, les majors du disque se sont résolues ces derniers mois à revoir leurs plans. Au point de s’approcher, enfin, des usages des internautes. Jeudi soir, un nouveau pallier a été franchi. Ensemble, Universal Music, Sony BMG et Warner Music ont annoncé avec MySpace la création d’une co-entreprise, MySpace Music, qui diffusera cet été, aux Etats-Unis, l’ensemble de leur catalogue. Trouble-fête, la quatrième et dernière major EMI pourrait les rejoindre sous peu.
Pour les amateurs de musique, l’accord ne se traduira par aucune nouveauté exceptionnelle. Les 30 millions de visiteurs mensuels de MySpace pourront écouter gratuitement et en intégralité des chansons, les partenaires se rémunérant grâce à la publicité. Ce modèle existe déjà sur quelques sites, comme Imeem qui dispose du catalogue des quatre majors. Le téléchargement des morceaux sera aussi proposé moyennant finance, comme sur iTunes. De nombreux morceaux seront débarrassés des DRM, et qu’ils pourront donc être écoutés sur n’importe quel baladeur, iPod en tête. Des ventes de sonneries, de places de concerts, de t-shirts et autres produits dérivés sont également prévues.
Pas de réelle nouveauté dans la forme, donc, mais beaucoup dans le fond. Car les trois majors n’y vont cette fois pas à reculons. Les nouvelles pratiques – plus de DRM, diffusion gratuite en streaming financée par la publicité – sont bien assumées, dans ce qui s’apparente à une prise en compte, tardive, des évolutions du marché. Après avoir laissé Apple tirer profit de leur frilosité, elles n’ont plus qu’une idée en tête : créer des contrepoids à iTunes et reprendre en main la distribution de leur musique. Universal Music, Sony BMG et Warner Music ont par exemple refusé à Apple de vendre leur catalogue sans DRM, faveur qu’elles ont accordée à Amazon.
La musique devient un produit d'appel
La stratégie n’est pas encore payante. En janvier, iTunes est devenu le premier vendeur de musique aux Etats-Unis, devant Walmart. Cela place Apple en position de force pour renégocier les contrats avec les majors et faire évoluer son modèle. Selon le Financial Times, l’iPod pourrait ouvrir le droit à des téléchargements sans limite moyennant un surcoût, tandis qu’un abonnement mensuel serait également à l’étude pour l’iPhone. Les clients seraient prêts à payer jusqu’à 100 dollars de plus pour ces appareils « premium », indiquent des études menées dans le secteur. Mais Apple souhaiterait se contenter de 20 dollars. Ces 20 dollars, soit 20 chansons, c'est ce que dépensent en moyenne les possesseurs d'iPod sur l'iTunes Store.
Sur MySpace comme sur iTunes, la musique s’apparente en tout cas plus que jamais à un produit d’appel. L’illimité risque de doper les ventes d’iPod, attendues en baisse ce trimestre pour la première fois. MySpace y voit lui le moyen d’accentuer sa différence avec Facebook et de gonfler son audience grâce au streaming, alors que la division interactive de Fox devrait rapporter moins que prévu durant les trois premiers mois de janvier. Quelques voix ont toutefois critiqué l’absence d’artistes indépendants et la prime aux majors. MySpace, qui a bâti une bonne part de son succès sur la confiance d’une myriade de groupes, pour la plupart très peu connus, a vite tenu à les rassurer. MySpace Music s'ouvrira par la suite aux indépendants.
Source : L'expansion.com
Par Benjamin Ferran
Aucun commentaire:
Publier un commentaire