
Québec, les salons de coiffure dans la mire de la SOCAN
La musique a un prix partout, même dans le salon de coiffure de votre quartier. La Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN) entend bien faire respecter ce principe en obligeant les propriétaires de salon à payer une licence pour la musique diffusée dans leurs établissements.
La campagne visant les salons de coiffure a débuté au printemps. Dans une lettre envoyée aux propriétaires au mois de mai, la SOCAN les informait qu'ils devaient payer des droits d'exécution s'ils diffusaient de la musique sur disque compact, cassette ou MP3.
Ces droits sont calculés selon la superficie du commerce, à raison de 1,23$ par mètre carré, pour un minimum de 94$ par année. Ils sont appliqués en vertu de la Loi canadienne sur le droit d'auteur dans tous les commerces qui font usage de musique préenregistrée pour créer une ambiance.
Cela ne fait pas l'affaire de tous. «Ce n'est pas à nous de payer l'auteur qui a fait la musique», croit Denise Boileau, propriétaire du salon Blitz. «Au contraire, c'est une bonne publicité pour les artistes. Les gens nous demandent quelle musique est en train de jouer parce qu'ils aiment ça et veulent se la procurer», ajoute son associée, Roxane Choquette.
Au salon Orbite, sur Laurier, on s'est résigné à payer la facture de 300$. «Nous étions révoltés au début, mais ils nous ont persécutés. Alors nous avons payé», raconte le gérant, Sylvain Ruest, qui dit avoir reçu plusieurs lettres et téléphones de la SOCAN.
D'autres obtempèrent sans se plaindre. «Il y a des gens qui vivent de ça, c'est normal, dit Henri Audouin, copropriétaire du salon Noir. En France il y a un système semblable», poursuit ce Français d'origine.
Selon les propriétaires rencontrés par La Presse, ce sont peut-être des clients «mystère» venus se faire coiffer incognito qui les dénonceraient à la SOCAN.
Une méthode sauvage
«La coiffure est un secteur où les gens ne roulent pas sur l'or», plaide Daniel Bouffard, directeur général du Comité sectoriel de la main-d'oeuvre des services de soins personnels, qui représente les salons de coiffure et d'esthétique.
«On peut être sensible à la cause des auteurs, mais on souhaiterait que la SOCAN passe plutôt par les associations au lieu de procéder individuellement, dit M. Bouffard. On surprend les gens, on leur envoie un avis disant qu'il faut payer. C'est un peu sauvage comme façon de faire.»
Mais Marie-Josée Dupré, directrice du développement des affaires au service des licences de la SOCAN, assure qu'on a fait la sensibilisation nécessaire. «Les associations ont été contactées. Les relationnistes ont fait leur travail. Nous avons même participé au salon professionnel de l'Allied Beauty Association», explique-t-elle.
À la SOCAN, 11 personnes s'occupent du développement pour le Canada et contactent les commerçants qui utilisent de la musique. Elles les informent de l'obligation d'obtenir une licence d'exécution.
Toutefois, comme il s'agit d'une équipe restreinte pour des milliers de commerces, l'organisme doit cibler certains secteurs à la fois. «Il y a des campagnes régulières pour tous les types d'établissements qui utilisent de la musique», précise Mme Dupré.
Elle nie l'existence de clients «mystère». «Tous nos inspecteurs se présentent comme étant de la SOCAN. Ils ont leurs cartes d'affaires quand ils font les vérifications», affirme-t-elle.
Une question d'éducation
Selon Gilles Valiquette, auteur-compositeur et président de la SOCAN de 1998 à 2003, la population n'est pas suffisamment sensibilisée à cette réalité. «À l'école, on apprend qu'on n'a pas le droit de voler le crayon de notre copain d'à côté. Mais on oublie de nous dire que c'est la même chose quand c'est le temps de voler la propriété intellectuelle de quelqu'un, dit-il. Des gens se lancent dans le commerce sans qu'on le leur ait appris. C'est sûr que ça en dérange plusieurs quand ils reçoivent une facture.»
Pour Gilles Valiquette il ne fait aucun doute qu'il est de la responsabilité des commerçants de respecter les principes de cette loi. «La musique permet de rehausser la valeur de leur commerce et le bien-être de leur clientèle. Si c'est un gros problème et que ça n'entre pas dans leur budget, ils n'ont qu'à ne pas l'utiliser», conclut M. Valiquette.
Source : CyberPresse
Aucun commentaire:
Publier un commentaire