
Alors que les grands groupes de radios nationaux, les stations régionales, locales et associatives s'apprêtent à investir massivement dans la radio numérique hertzienne, une étude du cabinet BSConseil réalisée à la demande de la Commission parlementaire du dividende numérique fait peser des incertitudes sur le succès de la radio numérique dans les années à venir.
La radio numérique hertzienne a t-elle vraiment un avenir ? Même si Michel Boyon, président du CSA, s'est réjoui il y a quelques jours du nombre de dossiers reçus dans le cadre du 1er appel aux candidatures sur la radio numérique, une étude du cabinet BSConseil vient sérieusement tempérer cet enthousiasme de façade. Cette étude a été commandée par la Commission du dividende numérique, la Direction du Développement des Médias et la Direction Générale des Entreprises. La Commission du dividende numérique a été créée par la loi du 5 mars 2007. Elle est chargée de se prononcer "en toute indépendance sur le schéma national de réutilisation des fréquences libérées par l'arrêt de la diffusion de la télévision analogique et le passage au numérique". Elle a procédé à de nombreuses auditions de l'ensemble des acteurs concernés, invités à faire connaître leurs positions sur l'usage du fameux dividende numérique. Alors que la radio numérique hertzienne verra enfin le jour en France fin 2009, après plus de 10 ans d'atermoiements, l'étude du cabinet BSConseil vient sérieusement assombrir l'horizon.
Selon cette étude, "la généralisation et l'extension de la couverture en Internet haut débit fixe et mobile" constitue une menace pour le développement de la radio numérique mais aussi de la Télévision Mobile Personnelle (TMP). D'ores et déjà, des centaines de programmes de radio sont accessibles sur Internet. Le développement croissant de l'Internet mobile et la généralisation des forfaits illimités 3G et 3G+ sur les téléphones mobiles sont en passe de bouleverser la diffusion et la consommation des contenus audio et vidéo. Selon l'étude de BSConseil, "près de 80% des foyers devraient disposer dans 10 ans de l'Internet fixe haut débit, tandis que la quasi totalité des mobiles 3G et 3G+ devraient être en mesure de donner accès à l'Internet haut débit, donc à des programmes audiovisuels". BSConseil ajoute que "l'augmentation des débits IP aboutira à une qualité de service équivalente aux technologies broadcast". Un scénario catastrophe pour les opérateurs radio traditionnels qui ont pesé de tout leur poids auprès des pouvoirs publics pour imposer une norme unique pour la radio numérique hertzienne, avec un objectif non-avoué : limiter au maximum le nombre de nouveaux entrants. Et même si l'ARCEP interdit le déploiement du Wimax mobile, l'Internet mobile est devenu, avec les opérateurs de téléphonie mobile, une réalité. Pour l'utilisateur, c'est la possibilité d'accèder dès à présent à une offre mondiale et illimitée de programmes de radio et de télévision. Dans la majorité des pays européens, l'utilisation du Wimax est pour l'heure interdite en mobilité. Mais les choses pourraient évoluer à moyen terme, car la Commission Européenne vient de se prononcer favorablement à l'exploitation pour des services de mobilité en Wimax à partir de janvier 2012. La mobilité, qui reste l'obstacle majeur au développement économique des services audiovisuels sur Internet (radio et télévision notamment), est donc en passe de disparaître.
Par ailleurs, selon BSConseil, il existe des "freins au décollage" de la radio numérique, mais aussi de la TMP. La faible couverture initiale de la radio numérique hertzienne, qui concerne moins de 20 agglomérations françaises et seulement 30% de la population est l'un de ces freins (voir carte ci-contre). En effet, la radio numérique sera déployée dans un premier temps sur des zones urbaines bénéficiant déjà d'une offre importante en radio, et bien couvertes par l'Internet haut débit. BSConseil explique que les auditeurs ne voient dans la radio numérique qu'une "faible valeur ajoutée par rapport à l'offre existante". Second frein : le coût des récepteurs. A l'inverse de la TNT, la radio numérique va nécessiter un renouvellement complet du parc de récepteurs par les auditeurs. BSConseil souligne également les "incertitudes industrielles" qui pèsent sur la production des terminaux de réception. Enfin, BSConseil estime que "en raison d'un lancement tardif, la pénétration à un horizon de 5 ans se concentre sur les zones mal couvertes par l'analogique (environ 30% de la population)".
Source : MédiasActu
Par Eléa Vidal
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